Chère Amie, cher Ami du bout du monde ou d'à côté,
Je te souhaite un heureux Noël, si possible dans ta famille ou avec des amis, au coin du feu.
Les Noëls de mon enfance étaient la plupart du temps très simples. Nous les passions en famille, mes parents, mon frère et moi, avec ma tante, la plus jeune soeur de ma mère - qui vivait avec nous - et ma grand-mère qui nous rejoignait pour passer deux mois avec nous.
Quelques semaines avant le Réveillon, ma grand-mère, qui était une pâtissière émerite, s'était mise en cuisine et avait préparé les traditionnels "Birewege", les pains de poires, emplissant l'appartement de senteurs d'épices. Elle en façonnait suffisamment pour que nous puissions en manger chaque semaine jusqu'à Pâques. Pour qu'ils ne sèchent pas trop, nous les emballions dans du papier journal puis dans des couvertures et nous les mettions au frais au grenier.
Mon père, parfois avec nous les enfants, souvent à ski, allait chercher un sapin chez un paysan. Ma mère le décorait (certains sujets ont échappé à la destruction et sont encore dans un carton chez elle). Grand-maman mettait la dernière main à son inévitable cadeau : des bas-culottes tricotés mains et laine.
Au menu du Réveillon : une potée au chou rouge et marrrons, avec des schüblings, parfois du jambonneau. Au dessert, une salade de fruits ou des ananas en boîte. Ou une bûche du boulanger. Mais à coup sûr, une tranche du fameux Birewege de notre grand-mère avec du beurre. Un délice absolu.
Après le repas, le sapin était allumé, et nous récitions une poésie ou chantions quelque chant de Noël. Puis ouvrions les cadeaux. Les fameux bas-culottes, une pièce de cinq francs, une plaque de chocolat (cadeaux de grand-maman), un vêtement, des culottes ou chemisettes, un jouet, de l'argent sur le compte épargne (cadeaux de papa-maman), un jouet, des bonbons (cadeaux de Tante). Bisous aux adultes. Et hop au lit ! Pas de messe ni de culte de minuit. Nous n'étions pas une famille pratiquante. Et nous, les enfants, nous n'étions même pas baptisés.
Une année, le sapin prit feu. A dire vrai, chaque année dans notre petite ville, des maisons brûlaient, parfois jusqu'aux fondations, en période de Noël. Le tocsin sonnait plus souvent que les cloches du culte de minuit.
Certaines années, nous allions en Valais. Là, la fête prenait d'autres proportions, Nous étions une tribu, d'adultes, d'enfants. La nuit du Réveillon, les enfants allaient à la messe de minuit, souvent sans adultes (cette tribu n'était guère pratiquante, mais les enfants devaient l'être... comprenne qui peut). Pour moi, c'était un enchantement. Nous nous rendions à pied, de Branson jusqu'à Vers l'Eglise. L'église, souvent trop grande les autres dimanches, était remplie ce soir-là à craquer. La crèche vivante était allumée. La messe était dite en latin, avec une chorale magnifique. Je savais que mon grand-père en avait été le chantre.
Nous revenions en groupe, une vingtaine d'enfants de six ans à quinze ans. Joyeux dans le froid piquant de la vallée.
A la maison, nous attendaient le vin blanc aux épices chaud, des mendiants à croquer et les adultes. Et peut-être nos lits, mais jamais avant deux ou trois heures du matin. Pas de cadeaux.
Non, ceux-là arriveraient en partie le 31 décembre, en guise d'étrennes de la part des parrains et marraines (je n'en avais pas, mais tout le monde me donnait quelque chose, qui du chocolat, qui un petit cadeau, qui une pièce de monnaie), ou le 6 janvier, avec les Rois.
Joyeux Noël !
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