Le Jura est une terre de sécheresse : l’eau s’enfuit, s’égare dans les galeries karstiques. Elle vadrouille sous terre. Une goutte tombée là peut se retrouver en Mer du Nord ou s’alanguir en Méditerranée. En partant au sud, elle va entendre l’allemand et le néerlandais, elle goûtera à la cuisine au beurre et boira cul-sec une eau-de-vie de genévrier ; en se dirigeant vers le nord, elle entendra un français chantant, la cuisine sera à l’huile d’olive et elle trempera ses lèvres dans une petite anisette.
Voies insondables des eaux vives du Jura. Des rivières naissent, venues apparemment de nulle part, disparaissent et ressurgissent dans une vallée voisine. Certaines ont des pertes et donnent naissance à un double qui coule parallèlement dans le vallon d’à côté.
Mais à côté de ses eaux capricantes, il y a les eaux noires, immobiles et épaisses de marais des hautes vallées. Pour les approcher, il faut s’enfoncer dans ce qui reste des forêts anciennes, marcher sur le sol élastique des sphaignes mortes, écarter les branchages hirsutes d’arbustes toutes épines dehors. Alors, on peut surprendre un lièvre, lever un chevreuil venu chercher un peu de calme, le chasseur étant sur pied de guerre. Et lorsqu’on arrive au cœur de ces bosquets, on tombe sur un étang, lisse et sombre. On entend le bourdonnement des insectes, on peut voir le vol des libellules qui dansent à sa surface. Parfois, on aperçoit, fugace, la silhouette d’un triton.
Et dans ces petits paradis, le seul danger pour le promeneur vient de la péliade qui, en bonne vipère qui se respecte, se cache dans l'herbe, tapie sous la couronne de chanterelles avenantes, ou dans les myrtilliers
Photographie prise par l'auteure dans la vallée de La Brévine/NE en septembre 2009.
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