La Course d'Ecole


















L’institutrice a disposé ses élèves pour prendre une photographie collective de ce jour de course d’école.
Certains ont su se placer pour être bien vus, d’autres se cachent un peu. Peu sourient : on est très sérieux à cet âge-là. Mais tous ont planté leur regard sur le photographe. Devant eux, la vie, plein de choses à venir.

Certes, il y a l’école, et pour quelques-uns, c’est une punition. Mais il y a aussi les jeux, les « mistonneries ». Certes, la vie pouvait déjà s’être montrée dure pour certains, qui n’avaient pas toujours à manger à leur faim, ou qui devaient vivre dans des appartements à la limite de l’insalubrité. D’autres ne pouvaient même pas imaginer qu’on puisse vivre sans une salle de bains, ni un téléphone, ni une bonne pour aider maman au ménage. Mais quand même, il y a du plaisir à être ensemble.

En ce temps-là, dans notre petite ville, il y avait deux écoles primaires. Celle du centre ville, où se trouvait notre classe, accueillait des enfants de tous les milieux sociaux, des démunis aux plus riches. Dans cette classe, il y avait un enfant d’une famille immigrée fraîchement arrivée en Suisse, des rejetons de familles d’industriels importants ; des filles et des fils d’artisans ; des enfants d’enseignants, d’ouvriers, de manœuvres. L’enseignante devait faire passer le programme à toutes ces petites personnes.

Aujourd’hui, ces élèves en vadrouille ont bientôt 60 ans. Mais que sont-ils devenus, tous ces anciens camarades ? Ont-ils accompli ce qu’ils espéraient ? Ont-ils su ouvrir leurs ailes, grandir ? Ont-ils pu oublier les petites mesquineries ou les railleries de certains à leur égard ?

Parfois, ils me manquent.

Photographie prise par un-e inconnu-e, au Chaumont sur Neuchâtel, en 1959
(l'auteure porte deux nattes et son petit frère est au bas du globe)

 

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