Comme il est fier, sous son chapeau et sa grande moustache, cet homme. Il a mis son plus beau costume. On dirait un bourgeois. Dans ses bras, son premier fils.
La Première Guerre mondiale vient de s’achever, une nouvelle ère s’ouvre en Europe et en Suisse. La classe ouvrière prend son essor et se met à espérer un avenir meilleur.
Cet homme est issu de la petite paysannerie de montagne. Né dans une vallée saint‑galloise, sous la Wasserfluh, il s’est exilé à Neuhausen pour faire le manœuvre dans l’industrie métallurgique. Il venait d’un pays trop petit pour de trop grandes familles. Alors, dans la ville, au bord du Rhin, loin de ses forêts et pâturages, il a contribué à construire des wagons, ou d’autres choses peut-être moins avouables.
Mais ce jour, il n’est ni pauvre, ni manœuvre, il n’est plus exilé car il a enfin de nouvelles racines : il est le père d’un magnifique garçon et il lui montre la beauté du monde en cette fin d’hiver. Bientôt, deux autres enfants viendront agrandir sa famille.
Cet homme, c’est mon grand-père et je sais qu’il m’adorait, même si je ne comprenais pas bien ce qu’il me disait dans sa drôle de langue qui n’était pas la mienne. Je l’ai peu connu : il est mort l’année de mes quatre ans.
Photographie prise par un inconnu, dans un lieu inconnu, vers 1920
7/10 sur 1 vote
Sélectionnez une note dans le menu déroulant.