Câline




















Liberty et moi vivons avec une troisième comparse. Voilà presque quatre ans qu’elle nous a rejointes. Au début, entre la chatte et elle, ce fut légèrement tendu. Liberty avait presque dix ans quand cette nouvelle compagne entra dans nos vies. Elle s’était toujours montrée assez farouche avec les chiens, et voilà que je débarquais avec une boule de poils noirs, qui jappait et gigotait dans tous les sens.

En bonne campagnarde, la nouvelle venue avait déjà fait vécu avec des chats, et elle se précipita aussitôt libérée vers Liberty, qui la reçut en houffant et lui balançant un coup de patte griffue en travers le museau, heureusement sans blesser le chiot.

Puis Liberty se réfugia dans une armoire, au quatrième rayons (pyjamas, t-shirts, et pulls de sport). On ne la revit pratiquement plus pendant deux mois. Elle nous observait depuis sa cachette, attendant la nuit pour risquer une sortie de son abri et se nourrir en catimini.

Quant à la nouvelle venue, elle se montrait tout à fait la hauteur de ce que je croyais savoir des chiots et chiens, à savoir que ce n’est pas plan-plan.

Moi qui suis plutôt chat, je me trouvai dépassée par l’énergie débordante de cette créature. Je ne compte plus le nombre de chaussures qu’elle a dévorées en quelques mois ; bonne lectrice, elle s’en est pris à trois bibles (mais elle a respecté le coran), dégusté un livre sur les fromages et le vin, goûté aux spécialités ardennaises de ma collection des recettes des provinces françaises, tâté de quelques romans et volumes de poésies, parcouru une partie du monde en compagnie de Corto Maltese.

Un ouragan dans mes bibliothèques, dans mes affaires, dans ma vie.

Il faut que je l’avoue (encore un aveu), j’avais décidé d’adopter un chien pour me « remuer », m’inciter à marcher plus, me rendre plus active, moins centrée sur moi, moins casanière.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce fut une réussite. Il me semblait n’avoir plus d’autre vie que le travail et m’occuper de la chienne, entre trois et quatre heures par jour, en la menant quotidiennement au parc à chiens de Champel, où je fis la connaissance d’une quantité de personnes, toutes attachées à un chien. Quand je dis « en la menant », je me dois de préciser que très vite ce fut elle qui me mena, et rondement et au pas de charge.

Quant à Liberty, une fois sortie de son ermitage et revenue à une vie presque normale, je n’avais guère le temps de la caresser ou dorloter, la chienne faisant alors immanquablement irruption pour quémander sa part de câlins, ce qui ne manquait pas d’effaroucher la chatte.

Mais comme moi, Liberty finit par s’habituer à cet envahissement.

Voilà donc près de quatre ans que Câline est devenue notre amie. Et c’est une super-copine, joueuse, rigolarde. Mais respectueuse de la chatte (moi, c’est une autre affaire…)

Ah encore, je sais depuis que je la connais ce que veulent vraiment dire « courir ventre à terre », se montrer « cabotin », ou « suivre comme un petit chien ». Il n’y a pas plus illustratif que ma chienne dans ce domaine.

 

Photographie prise par l'auteure le 29 avril 2008

 

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