En ces temps tristounes où l'on ne cesse de renvoyer les étrangers habitant en Suisse à leurs différences, comme si elles devaient les rendre forcément dangereux et inaptes à vivre parmi nous et avec nous, je souhaite revenir sur un temps, dans le fond pas si lointain, où les Suisses entre eux marquaient leurs différences et en faisaient matière à ségrégation, chicanes et même, parfois, extraditions.
A la fin du XIXè siècle et au début du XXè, mon pays se montrait très dur à l'égard des gens très pauvres ou ressentis comme asociaux : internement administratif (parfois à vie), emprisonnement des filles mères, orphelinats qui ressemblaient plus à des prisons qu'à des lieux de vie pour enfants, travail obligatoire des orphelins placés dans des fermes ou des alpages, séparation des enfants de leurs familles, stérilisation forcée de certaines couches de la population.
Certes, cela se passait également dans les autres pays d'Europe.
C'est un vertige qui vous prend, un matin, ou un soir. Il vous prend la main, vous caresse le dos, il vous murmure des chants doucereux. Et vous frémissez comme un cheval fourbu qui sent l'écurie.
Encore un effort, un petit effort, et vous serez rendu. Enfin le repos, le nez dans le foin. Le droit de tout lâcher, de ne plus tenir debout contre vents et marées.
De ne plus de trimballer ce fardeau, cette chose sans nom qui s'est posée sur vos épaules, vous a enserré le torse, s'est agrippée de ses mains noires à votre cou. Qui constamment vous tire vers l'arrière, vous brise vers le sol. Ce sac informe et mouvant, qui grandit avec votre peine. Qui se remplit de votre amertume, de vos peurs. Qui change en plomb vos larmes.
Enfin l'oubli, le noir, laisser les questions sans réponse, la solitude au milieu des autres derrière soi. Enfin, ouvrir la porte plus loin.
A nouveau, voir le ciel, sentir la chaleur du soleil, respirer librement et à pleins poumons.
A nouveau, pouvoir courir, léger et insouciant. Rire et parler. Chanter à pleine voix, de tout son cœur.
Et surtout ne pas mourir ! Jamais.
Billet publié dans le "Blog collectif" du site blog.tdg.ch, le dimanche 31 janvier 2009
Ce texte a été publié dans les blogs de la Tribune de Genève, le 7 janvier 2010, au côté de plusieurs autres textes d'autres rédacteurs, tous sur le thème du "Sens", dans un "Billet collectif".
Ce texte a été publié, le 16 janvier dernier, dans les Blogs de la Tribune de Genève, en compagnie d'autres textes tous rédigés sur le thème "Les Mots" dans un "Billet collectif".
Adoración de los Reyes, interprété par Jordi Savall et Hesperion