" C'est venu l'heure du car postal qui a posé l'ouvrier. Par les fenêtres de la cuisine on l'a regardé venir : un ouvrier baraqué qui a rempli le chemin, le passage sous les arbres et tout le portail entier et qui est venu buter contre la porte de la cuisine : boum boum boum ! De près ça fait sursauter mais j'ai pas eu peur comme V. qui a couru dans la chambre. Alors c'est comme d'habitude, c'est donc moi qui ai dû ouvrir. "
Cela faisait un bout de temps que je voulais lire ce roman d'une auteure suisse.

Comme promis, voici le résultat de mes recherches.
Et d'un, il existe une publication en poche de l'Enfant de la haute mer. J'ai relu ce texte, et la magie fonctionne toujours aussi bien que lors de mon adolescence ombrageuse. Je vous recommande aussi la deuxième nouvelle qui compose ce volume. Elle est particulièrement de circonstance, puisqu'elle parle du boeuf qui veille sur la crèche, totalement subjugué par Jésus, au point de ... (la suite dans le livre).
Et de deux, Jules Supervielle a été édité dans la collection La Pléiade. Nous y reviendrons donc, pour aborder plus particulèrement ses poèmes, qui valent aussi le détour.
L'Enfant de la haute mer
Jules Supervielle
Gallimard, Folio, 2008, 159 pages
« Comment s'était formée cette rue flottante ? Quels marins, avec l'aide de quels architectes, l'avaient construite dans le haut Atlantique à la surface de la mer, au-dessus d'un gouffre de six mille mètres ? Cette longue rue aux maisons de briques rouges si décolorées qu'elles prenaient une teinte gris-de-France, ces toits d'ardoise, de tuile, ces humbles boutiques immuables ? Et ce clocher très ajouré ? Et ceci qui ne contenait que de l'eau marine et voulait sans doute être un jardin clos de murs, garnis de tessons de bouteilles, par-dessus lesquels sautait parfois un poisson ? Comment cela tenait-il debout sans même être ballotté par les vagues ? Et cette enfant de douze ans si seule qui passait en sabots d'un pas sûr dans la rue liquide, comme si elle marchait sur la terre ferme ? Comme se faisait-il... ? Nous dirons les choses au fur et à mesure que nous les verrons et que nous saurons. Et ce qui doit rester obscur le sera malgré nous. »
L'Enfant de la haute mer publié en 1928 dans La Revue hebdomadaire (vol. 37, 16 juin 1928, p. 279-289) ; sources : Wikipedia